Premier parc de campings d’Europe et deuxième au monde, l’hôtellerie de plein air (HPA) française aborde la fin de la saison 2026 avec des résultats en demi-teinte. Après trois années de croissance quasi ininterrompue, le secteur a dû composer cet été avec une météo extrême, une vague d’incendies dans le Sud et des arbitrages budgétaires des vacanciers. Tour d’horizon d’un secteur qui reste un pilier du tourisme français, malgré une saison plus compliquée qu’espéré.
Un secteur poids lourd du tourisme français
Avant d’analyser la saison 2026, il faut rappeler ce que représente l’HPA dans l’économie touristique. Selon les données de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA), la France compte environ 7 600 campings, dont 77 % sont implantés en zone rurale et plus de la moitié dans des communes de moins de 2 000 habitants. Un maillage territorial qui fait du camping un acteur clé de l’aménagement et de l’économie des campagnes françaises.
En 2025, année de référence, le secteur a enregistré 147,5 millions de nuitées sur la saison avril-septembre, en hausse de 4,5 % sur un an, et jusqu’à 187 millions de nuitées en intégrant les locations longue durée. Son empreinte socio-économique globale est évaluée à 31 milliards d’euros, soit environ 0,5 % du PIB français, pour 196 000 emplois équivalents temps plein générés directement et indirectement. Chaque campeur dépense en moyenne 52 euros par jour, dont une large part hors du camping, dans le transport, la restauration et les commerces locaux.
Montée en gamme : la tendance de fond
La dynamique la plus structurante du secteur reste la montée en gamme. Les campings 4 et 5 étoiles concentrent désormais plus de 61 % des nuitées, et les établissements haut de gamme continuent de progresser (+3,3 %). Le modèle du camping a changé de visage : mobil-homes confortables, espaces aquatiques, glamping et hébergements insolites tirent l’offre vers le haut.
Cette évolution est aussi économique. Là où un emplacement nu dégage une marge d’exploitation de 15 à 22 %, le locatif en mobil-home atteint 35 à 48 %, et le glamping dépasse souvent les 50 %. De quoi expliquer l’appétit des investisseurs et la concentration croissante du marché, où de grands groupes rachètent des terrains indépendants pour déployer des standards communs. Un mouvement qui laisse néanmoins de la place à des modèles alternatifs, comme les réseaux de propriétaires indépendants fédérés autour d’une marque commune.
Été 2026 : la météo et le feu rebattent les cartes
La saison 2026 restera marquée par les aléas climatiques. Au 15 août, la fréquentation nationale des campings accusait un léger recul de 0,6 % par rapport à 2025, un chiffre qui masque de fortes disparités régionales. La moitié nord (Grand Est, Normandie, littoral atlantique) a plutôt bien tiré son épingle du jeu, tandis que la moitié sud, frappée par la canicule et les incendies, a enregistré une baisse. Le Sud reste malgré tout la locomotive du secteur, avec près de 65 % des nuitées nationales.
Les feux de forêt de l’été ont laissé des traces : sur l’ensemble de la saison, plus de 90 campings ont dû être évacués, et les établissements directement touchés estiment leurs pertes à environ 2 millions de nuitées et 15 à 18 millions d’euros de chiffre d’affaires. Quelques campings ont été partiellement ou totalement détruits. La clientèle étrangère, qui représente 30 % des nuitées, a été particulièrement sensible à ces événements, poussant la profession à lancer des campagnes de reconquête auprès des marchés allemand, néerlandais et belge, les trois premières clientèles internationales du camping français.
Des vacanciers qui arbitrent leur budget
Au-delà de la météo, l’été 2026 confirme une tendance à l’arbitrage budgétaire. Sur l’ensemble du marché des vacances, les départs de juillet ont reculé d’environ 5,6 % en volume, tandis que le panier moyen progressait légèrement pour dépasser les 2 000 euros. Les Français partent un peu moins, mais dépensent autrement : séjours plus courts, réservations plus tardives, recherche de bons plans et attention accrue au rapport qualité-prix. La chaleur extrême a par ailleurs modifié les comportements sur place, favorisant les établissements dotés d’espaces aquatiques et d’hébergements climatisés.
Septembre, l’arrière-saison qui pèsera lourd
Comme souvent, le verdict final se jouera à l’arrière-saison. Pour de nombreux exploitants du Sud, septembre est décisif pour compenser un cœur d’été perturbé. Le président de la FNHPA, Nicolas Dayot, a alerté sur le fait que « cette perte d’exploitation est beaucoup moins bien indemnisée que les dommages » matériels, soulignant le risque financier si l’arrière-saison venait à décevoir. L’allongement de la saison, porté par une clientèle de couples sans enfants et de seniors disponibles hors vacances scolaires, constitue à cet égard un levier de plus en plus stratégique.
Un secteur résilient face au défi climatique
La saison 2026 agit comme un révélateur. Elle rappelle la solidité structurelle d’un secteur qui reste massivement plébiscité, mais aussi sa vulnérabilité face au dérèglement climatique. Environ 2 000 campings sont situés en zones à risque (inondations, submersions marines, incendies) et concentrent près de la moitié de la fréquentation nationale. L’adaptation, qu’il s’agisse de prévention, d’assurance ou de diversification de l’offre, s’impose désormais comme l’un des grands chantiers de l’HPA pour les années à venir.
Une chose est sûre : malgré une saison 2026 plus heurtée, le camping demeure le mode d’hébergement touristique préféré des Français et un moteur essentiel du tourisme des territoires. Le rendez-vous est déjà pris pour 2027.
Sources : Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (dossier de presse 2026), L’Écho touristique, Pôle implantation & tourisme.